L’abus psychologique au travail

Part 2:

Je parlais de la subjectivité de l’expérience face à toute forme de harcèlement moral ou d’abus émotionnel au travail. J’en ai été moi-même victime. Cependant, à partir du moment où l’on reconnaît que l’on vit une situation qui se répète et se dégrade au fur et à mesure des jours, qui commence à affecter notre santé mentale, notre équilibre et performance au travail; il n’y a plus le moindre doute, vous êtes aussi victime!

Change de boulot me diriez-vous! Mais pour moi, c’est une solution radicale car c’était trop tôt pour abandonner et anéantir tous les efforts que j’avais fournis pour arriver là où j’étais.

J’avais besoin d’une solution moins radicale. Ma démarche a donc été de me tourner vers la communauté Omena car face aux agressions verbales les plus dures, j’avais besoin de regards objectifs sur ma situation et de soutien moral. [ Là encore je tiens à vous conseiller sur l’importance d’être sur un “safe space” pour pouvoir vous confier. Avant d’étaler une partie de votre vie, assurez-vous d’abord que ces personnes ne vont pas porter “des jugements” au risque de vous blesser encore plus ou pire, de tirer avantage de votre situation. Comme dans toutes autres épreuves difficiles de votre vie, entourez-vous des bonnes personnes!]

Grâce à cette démarche, je ne me suis pas renfermée sur moi-même. Je me suis donc construit ce que j’appellerai “mon micro-climat de sécurité morale et émotionnelle” autour de mon espace de travail. Je cherchais un moyen de me protéger à mon niveau pour commencer.

Mon principe était de me protéger au maximum des agressions puisque je savais déjà par expérience à ce niveau: où, comment, quand et par qui les agressions sont susceptibles de venir. J’ai trouvé que c’était une excellente idée de limiter les contacts avec les personnes les plus agressives, comme je l’avais expliqué auparavant, au stricte utile et nécessaire à mon travail. Par exemple, je ne m’immisce pas dans les conversations dont le seul but est de se critiquer de façon négative sur le physique ou sur les performances, je continue à saluer sans faire aucune discrimiation mais je ne perds pas mon temps avec ces personnes, je renforce l’image positive que j’ai auprès des personnes avec qui je m’entends bien, je me contente de rester passive quand mon avis n’est pas sollicité. Vous constaterez donc qu’il y a un gros travail à faire sur soi pour tenir le coup!

Malgré tous mes efforts, je pense que ce type de harcèlement a des conséquences psychologiques plus profondes que ce que l’on exprime en tant que victime. Mais alors que dans ce pays où il existe encore tant de stigmatisations sur la santé mentale: où voir un psychologue est assimilé à des problèmes psychiatriques dans le genre “marary saina”, où le taux de chômage est déjà trop important en terme de chiffre pour encourager encore l’abandon de poste et où la mise en place de soutien psychologique pour les victimes de harcèlement moral et d’abus émotionnel est encore précaire, “Nous, les victimes n’arriveront pas tous à guérir des préjudices subis”.

Voici mon témoignage, et voici la seule communauté où j’ai trouvé réconfort jusqu’à ce jour.

“Le besoin de pouvoir sur les autres est d’autant plus important que l’impuissance intérieure est grande.”

-Isabelle Filliozat, L’intelligence du coeur.

Initiated in Madagascar, we are a global movement promoting Social-Emotional Intelligence in hopes to break the cycle of emotional abuse around the world.

Initiated in Madagascar, we are a global movement promoting Social-Emotional Intelligence in hopes to break the cycle of emotional abuse around the world.